Le Parlement français a voté jeudi dernier la prolongation de l’état d’urgence pendant trois mois.  En plus de cela, un amendement a été adopté qui facilite le bloquage des sites internet et des réseaux sociaux en cas d’urgence.  Hé là-bas ! Stop ! Bloquer les sites internet et les réseaux sociaux ? 

N’est-ce pas Facebook qui, pendant le drame qui a eu lieu le 13 novembre 2015 à Paris, a permis aux personnes de faire savoir plus rapidement à leur entourage qu’ils étaient en sécurité grâce à son Safety Check ? N’est-ce pas les réseaux sociaux qui ont diffusé les messages témoignant de la gravité de la situation au Bataclan ? Les bloquer ? Pourquoi ?

Cette semaine, il a été confirmé que les terroristes font usage des réseaux sociaux pour communiquer entre eux.  Tant par les voies habituelles comme WhatsApp et Facebook, mais aussi via des services plus avancés où les messages sont envoyés sous forme cryptée.  Ils auraient ainsi fait usage de canaux de communication comme Telegram, Threema et Signal.  C’est logique, il s’agit des moyens de communication utilisés en 2015 par les civils, les journalistes, les avocats, les défenseurs de la vie privée, les politiciens et aussi les terroristes.

La France a une des lois sur le renseignement les plus permissives en Europe, ce qui n’a pourtant pas réussi à empêcher les attentats du vendredi 13 novembre.  Limiter la liberté des citoyens et étendre le pouvoir des autorités et des services de renseignement ne permet pas de prévenir ces attaques.  Une politique de panique ne permet pas de prévenir ces attaques. Bloquer les sites internet et les réseaux sociaux ne permettra pas de prévenir ces attaques.

La nouvelle de l’extension des pouvoirs français pour bloquer les sites internet et les réseaux sociaux n’a pas fait la une mondiale.  A l’heure actuelle, où des civils innocents sont en proie à la terreur, personne n’est contre un renforcement de la sécurité, même s’il a lieu au détriment de la liberté.  Mais n’avons-nous rien appris du 11 septembre, sur les conséquences et l’impact qu’a eue la politique de panique américaine ? Ne sommes-nous pas justement tous d’accord ces derniers jours, sur le fait que nous donnerions précisément aux terroristes ce qu’ils veulent en adaptant notre manière de vivre à cette situation de terreur ? N’avons-nous pas tous applaudi l’initiative de #jesuisenterrace? N’avons-nous pas regardé avec admiration les Parisiens qui osaient retourner à des concerts le mardi suivant les attentats, et qui reprenaient tout doucement le cours de leur vie ?

Avons-nous soudainement oublié Snowden et les révélations sur la NSA où pas moins de 35 politiciens, dont Angela Merkel, avaient été mis sur écoute, sous couvert du programme PRISM et de Bullrun ? Ne craignons-nous pas les abus, les excès et le manque de légitimité de nos services de renseignement quand nous abandonnons de plus en plus de liberté pour un semblant de sécurité ?

Le président du parti CDA aux Pays-Bas, Monsieur Buma, ne partage apparemment pas ces craintes.  Il a plaidé dimanche dernier pour un renforcement des pouvoirs des services de renseignement.  Ce que le Ministre néerlandais de l’intérieur, Monsieur Plasterk, approuve.  Ce dernier a d’ailleurs remporté un Big Brother Award le mois passé pour sa “loi sur la surveillance”.  Apparemment, la liberté est d’une importance que relative en cette période angoissante.

Fort heureusement, la solution d’une politique des médias répressive n’est pas adoptée partout.  Ainsi, notre pays a mis en place une stratégie très différente le week-end dernier.  La police avait appelé les médias au silence lors des actions de la police à Bruxelles.  Aucune interdiction, mais une demande.  Au cours de l’attaque de Charlie Hebdo plus tôt dans l’année, les terroristes s’étaient en effet tenus informés de ce que la police faisait grâce aux messages qui apparaissaient sur Twitter.

Afin d’éviter toute situation similaire, la police a alors demandé de ne plus rien partager sur les actions en cours.  Les médias et le public ont non seulement respecté cette demande, mais ils ont également posté des photos de chats en grand nombre sous le hashtag #BrusselsLockdown pour compliquer la recherche de toute autre information sur les réseaux sociaux.  Une simple et demande et une bonne dose d’humour pour vaincre le terrorisme, ne tiendrait-on pas là notre meilleure stratégie ?

Cet article a été écrit par Shay Danon, Head of Legal Amsterdam.