Innovation phare du XXIè siècle, les Google Glass soulèvent de nombreux questionnements, principalement en matière de respect du droit à la vie privée, liberté fondamentale par excellence. 

“Ok Glass”: comment ça fonctionne ?

Placées sur le nez de son utilisateur, les Google Glass obéissent à des instructions vocales ou tactiles. Munies d’un écran intégré et de capteurs, un simple commandement ou tapotement du doigt, permettent au porteur de prendre une photo ou une vidéo, de la stocker dans le disque dur intégré et de la partager instantanément avec un contact ou sur les réseaux sociaux. L’outil présente aussi d’autres fonctionnalités, telles que l’orientation grâce à Google maps, ou le dressage d’une liste de courses, déjà existantes sur un smartphone. La nouveauté de la Google Glass résulte de sa capacité à capturer des images à tout moment et de façon difficilement détectable.

Un malaise social 

Nombreux sont les utilisateurs qui, après avoir arboré pour la première fois ce nouveau gadget sur la voie publique, ont déclaré avoir perçu des regards inquiets de la part des passants. La Google Glass présente en effet l’inconvénient de ne pas indiquer par une diode témoin lorsqu’un enregistrement est en cours. Ainsi, la technologie a fait l’objet de fortes oppositions au sein de l’opinion publique. Bien que saluant la prouesse technique qu’elle représente, le public se sent en effet quelque peu démuni face à d’éventuels clichés ou enregistrements effectués à son insu.

Les autorités internationales de protection de la vie privée se sont associées pour relayer ces inquiétudes dans un courrier adressé directement au cofondateur de Google, Larry Page. Les points principaux de cette communication demandent des éclaircissements quant à l’exploitation que Google compte faire des données récoltées par les différents capteurs de ces lunettes connectées.

En réponse à ces questions, l’équipe de Google Glass a simplement pris le soin d’élaborer une Charte de bonne conduite à destination des utilisateurs, détaillant en particulier les comportements à éviter. Cependant une telle liste ne constitue pas, de toute évidence, un encadrement satisfaisant de l’utilisation de cet objet connecté.

Une telle technologie se dresse en réel enjeu juridique qui se doit également d’être confronté avec un principe fondamental du droit pénal français : celui de la liberté de la preuve dans le procès pénal.

Une tyrannie de la vérité? 

De fortes réactions ont pu se faire ressentir de la part de mouvements tels que le collectif “Stop the Cyborgs” ou encore certains bars comme le “5 Points Café” à Seattle, qui a réagi en interdisant l’utilisation des Google Glass à l’intérieur de son établissement. En effet, il ne s’agirait plus, de technologies à disposition du seul Gouvernement, tel que c’est le cas au Royaume Uni où le système de vidéo surveillance CCTV opère dans lieux publics, mais d’avantage de transformer chacun des utilisateurs en véritables “Big Brother” individualisé.

Il n’est pas difficile d’envisager que l’utilisation de cette nouvelle technologie conduise à une réelle paranoïa au sein de la société. C’est notamment le cas dans des pays comme la France, où il est admis que la preuve d’une infraction pénale puisse se faire envers et contre tout, en dépit des atteintes à la vie privée des personnes. Les exemples de tels scénarios se multiplient, ce fut notamment le cas dans le cadre de l’affaire Mediapart, au sujet d’écoutes de conversations privées, ou de même dans l’affaire Betancourt. Le droit de la preuve fait actuellement l’objet d’une révolution sous l’effet de la technique. Cela s’inscrit dans une course toujours plus effrénée vers l’accès à la vérité, à laquelle les Google Glass pourraient bientôt participer au détriment de la paix sociale.

De plus, les données collectées seraient non seulement appropriables et utilisables par les particuliers possédant des Google Glass, mais aussi par la firme Américaine. Cela pose problème car il s’agit d’une entreprise privée. Le risque serait qu’elle revende les données ainsi collectées à d’autres entreprises, dans le cadre de stratégies commerciales visant à cibler les habitudes des consommateurs, par exemple. Force est de constater que les utilisateurs sont autant touchés que ceux qui les entourent par l’outil d’espionnage en temps réel que représentent les lunettes connectées.

Quel avenir pour les Google Glass?

Suite aux nombreuses difficultés rencontrées par Google dans le développement de la première version des Google Glass, la fin de production a été annoncée début 2015. Néanmoins, la firme Californienne semble vouloir donner un second souffle à ce produit et s’est lancée dans la conception de la version 2 des Google Glass en partenariat avec une société Italienne d’optique, Luxottica.

Dès lors, il convient de se demander si cette nouvelle version de l’outil révolutionnaire saura se plier aux exigences liées au respect du droit à la vie privée, en se conformant aux législations des lieux de commercialisation.

Quoi qu’il en soit, le géant de l’Internet est dans le collimateur des autorités européennes, qui suivent de prêt ses agissements, et n’hésiteront pas à lui infliger des sanctions financières. Ce fut notamment le cas au moment de l’affaire Streetview, dans laquelle était sanctionnée la récupération par les Google Cars d’informations depuis des réseaux privées Wi-Fi qu’elles rencontraient.

Article rédigé par Elodie Hoël, collaboratrice lesJuristes Paris.